BANGLADESH

Le fleuve qui fait couler les terres

The river that makes the land flow

La Boro Gang River serpente comme une cicatrice ouverte.
Entre l’Inde et le nord du Bangladesh, elle ne relie plus : elle sépare.
Autrefois nourricière, aujourd’hui désenchantée.
Ses rives s’effritent dans un silence lourd de promesses trahies.
La pénurie de sédiments a rompu le cycle ancien de la terre et de l’eau.
Le sol s’affaisse, lentement, inexorablement.
Chaque saison des pluies devient une menace.
Chaque crue, un rappel de la fragilité humaine.
Le danger n’est plus seulement marin, il vient du cœur des terres.
Plus fort que la montée des océans, l’effondrement est invisible.
Barrages, extractions, dérivations : l’équilibre a été rompu.
La rivière transporte moins, retient moins, protège moins.
Les villages vivent désormais au rythme de l’incertitude.
Les cartes changent plus vite que les mémoires.
Quand les pressions se cumulent, la nature hésite.
Un seuil critique se dessine à l’horizon.
Dix, vingt ans tout au plus.
Un point de basculement irréversible.
La Boro Gang River n’est plus un simple cours d’eau.
Elle est le signal d’alarme d’un territoire en suspens.

The Boro Gang River winds like an open scar.
Between India and northern Bangladesh, it no longer connects; it divides.
Once life-giving, now disenchanted.
Its banks crumble in a silence heavy with broken promises.
The shortage of sediments has disrupted the ancient cycle of land and water.
The ground subsides, slowly, relentlessly.
Each monsoon season becomes a threat.
Each flood, a reminder of human fragility.
The danger is no longer only from the sea; it rises from the heart of the land.
More powerful than sea-level rise, the collapse is invisible.
Dams, extractions, diversions: the balance has been broken.
The river carries less, holds less, protects less.
Villages now live to the rhythm of uncertainty.
Maps change faster than memories.
As pressures accumulate, nature hesitates.
A critical threshold is forming on the horizon.
Ten, perhaps twenty years at most.
An irreversible tipping point.
The Boro Gang River is no longer just a river.
It is a warning signal from a land suspended in time.

 

In Bangladesh, sand has become both a vital and destructive resource.
Each year, demand exceeds seventy million tonnes.
Roads, buildings, embankments: the country is being built from its own rivers.
A large share of this sand is taken directly from riverbeds.
Often at night and without authorization.

Between sixty and seventy percent of extraction escapes any form of control.
Illegality is not a margin; it is the norm.
Official figures tell only part of the story.
The rest disappears with the current.

Au Bangladesh, le sable est devenu une ressource vitale et destructrice.
Chaque année, la demande dépasse les soixante-dix millions de tonnes.
Routes, immeubles, digues : le pays se construit sur ses propres rivières.
Une grande partie de ce sable est arrachée directement aux lits fluviaux.
Souvent de nuit et sans autorisation.

Entre soixante et soixante-dix pour cent de l’extraction échappe à tout contrôle.
L’illégalité n’est pas une marge, elle est la norme.
Les chiffres officiels ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Le reste disparaît avec le courant.

@ Copyright - Luc Mairesse

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