BANGLADESH
Au nord de Dhaka, à l’écart du tumulte urbain, un village perpétue la pratique ancestrale du batik. Ici, les tissus prennent vie lentement, à la main, selon un savoir-faire transmis de génération en génération. La cire chaude est déposée avec précision, dessinant des motifs fragiles avant que les étoffes ne soient plongées dans des bains de couleurs intenses. Chaque pièce porte la trace du geste humain, de l’attente, de l’imperfection assumée.
Le batik occupe une place importante dans la culture populaire bangladaise, mais aussi dans l’économie locale. Ce sont souvent des femmes qui travaillent dans ces ateliers improvisés, conciliant artisanat et vie domestique. Leur travail représente bien plus qu’un revenu : il est un espace d’émancipation, parfois le seul.
Pourtant, cet artisanat reste menacé. L’industrialisation massive du textile, omniprésente au Bangladesh, fragilise ces micro-économies rurales. Il est aujourd’hui presque impossible d’estimer combien de personnes vivent encore du batik, tant cette activité oscille entre survie et disparition.
Les conditions de travail sont rudes. La chaleur est étouffante, les mains plongées dans des teintures chimiques sans protection, les vapeurs envahissent l’air. Aucun système de traitement n’est prévu pour les eaux usées : les colorants s’écoulent directement dans le ruisseau voisin, transformant le paysage et laissant une empreinte durable sur l’environnement.
Entre beauté des tissus et dureté du quotidien, le batik révèle une réalité contrastée : celle d’un art fragile, menacé, mais toujours vivant.
North of Dhaka, away from the city’s relentless noise, a village continues to practice the ancestral art of batik. Here, textiles are brought to life slowly, by hand, through a process passed down from one generation to the next. Hot wax is carefully applied, drawing fragile patterns before the fabric is immersed in deep, vibrant dyes. Each piece carries the mark of human touch, of time, and of deliberate imperfection.
Batik holds an important place in Bangladeshi popular culture, as well as in the local economy. The work is often carried out by women, in modest workshops that blend into daily domestic life. For many, batik is more than a source of income — it represents a form of independence and dignity.
Yet this traditional craft remains under threat. The rapid industrialization of the textile sector in Bangladesh places growing pressure on small-scale, handcrafted production. Estimating how many people still depend on batik today is nearly impossible, as the practice hovers between survival and disappearance.
The working conditions are harsh. Heat fills the unventilated rooms, hands are submerged in chemical dyes without protection, and toxic vapors linger in the air. No measures are taken to treat liquid waste: the dyes flow directly into the nearby stream, permanently altering the landscape and endangering both the environment and local communities.
Between the beauty of the fabrics and the hardship of daily labor, batik reveals a fragile balance — an art form still alive, yet constantly at risk.