BANGLADESH
Dans la gare de Dhaka, le temps semble s’étirer entre deux battements de cœur.
Les trains entrent et sortent comme des respirations profondes, charriant avec eux des vies entières, comprimées dans l’attente. Aux fenêtres, des visages apparaissent, puis disparaissent, comme si la ville elle-même observait le monde à travers eux.
Ces voyageurs n’ont pas de nom pour celui qui les regarde. Ils deviennent silhouettes, regards, présences furtives. Pourtant, chacun porte une histoire dense, parfois lourde, parfois pleine d’élan. Dans leurs yeux se mêlent la fatigue des départs répétés et la douceur fragile de l’espoir. Le voyage commence bien avant le mouvement du train : il naît dans l’immobilité, dans ce moment suspendu où l’on imagine un ailleurs.
La gare est un lieu de passage, mais aussi un espace intérieur. Entre le vacarme, la foule et la poussière, s’ouvre un silence intime. Là, les pensées dérivent. On rêve d’un travail, d’un retour, d’un futur différent, ou simplement de quelques heures de repos. Les rails ne relient pas seulement des villes, ils relient des désirs, des manques et des promesses.
Ici, personne ne sait exactement ce qui l’attend à l’arrivée. Mais tous partagent cette même rêverie : celle d’un déplacement qui pourrait transformer, réparer ou offrir une respiration nouvelle. Ces voyageurs anonymes nous rappellent que le voyage n’est pas seulement une distance à parcourir, mais un état de l’âme — fragile, silencieux, profondément humain.
At Dhaka railway station, time seems to stretch between two heartbeats.
Trains arrive and depart like deep breaths, carrying entire lives compressed into waiting. Faces appear at the windows, then fade away, as if the city itself were watching the world through them.
These travelers have no names for the one who observes them. They become silhouettes, gazes, fleeting presences. Yet each carries a dense story — sometimes heavy, sometimes filled with momentum. In their eyes, the fatigue of repeated departures blends with the fragile softness of hope. The journey begins long before the train moves; it is born in stillness, in that suspended moment when an elsewhere takes shape.
The station is a place of passage, but also an inner landscape. Amid noise, crowds, and dust, an intimate silence opens. Thoughts drift. One dreams of work, of return, of a different future, or simply of a few hours of rest. The rails do not only connect cities; they connect desires, absences, and promises.
Here, no one knows exactly what awaits at the end of the line. Yet all share the same reverie: that a displacement might transform, repair, or offer a new breath. These anonymous travelers remind us that travel is not only a distance to be crossed, but a state of mind — fragile, quiet, and profoundly human.